Séjour Djerba : Tourisme et voyage à Djerba - Federal Hotel Tunisie

23 octobre 2019 / 23 صفر Safar 1441

Djerba : Hotels | Restaurants

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Hôtel 5 étoiles
Zone Touristique Midoun, Djerba
Miramar Petit Palais
Hôtel 3 étoiles
Zone Touristique Houmt Souk, Djerba
Mariqueen
Hôtel 4 étoiles
Midoun, Djerba

L'histoire de Djerba

Djerba, parfois orthographiée Jerba, est une île de 514 km² (25 kilomètres sur 20 et 125 kilomètres de côtes) située dans le golfe de Gabès au sud-est de la Tunisie. Il s'agit de la plus grande île des côtes d'Afrique du Nord. Sa principale ville, Houmt Souk, compte à elle seule 44 555 habitants.Ulysse l'aurait traversée, les Carthaginois y ont fondé plusieurs comptoirs et, aux alentours de 587 av. J.-C., l'île accueille des réfugiés juifs après la destruction du Temple de Jérusalem. Les Romains y construisent plusieurs villes et y développent l'agriculture et des ports commerciaux. Chrétienne, vandale, byzantine puis arabe, Djerba est depuis les années 1960 une destination touristique populaire. Il s'agit de l'une des dernières régions de Tunisie où une langue berbère est encore parlée.René Stablo décrit l'île en ces termes :« Après les vastes horizons dénudés du continent, où la vie n'est présente que par quelques moutons étiques confiés à l'indifférence de jeunes bergers en haillons, quelques chameaux entravés qui sautent gauchement et quelques oiseaux de proie à la recherche d'une rare pâture, c'est une campagne animée qui s'offre maintenant à ses yeux [ceux du voyageur voguant vers Djerba]. Une campagne vraiment inattendue, émaillée de villages tout blancs, de palmiers et d'oliviers au vert feuillage se balançant sous la brise et qui composent, sur l'azur de la mer et du ciel, une harmonieuse symphonie de teintes ! Quel séduisant contraste ! »Elle est reliée au continent par un bac assurant la traversée entre Ajim au sud-ouest de l'île et Jorf ? la traversée dure environ 15 minutes ? et par une voie de sept kilomètres remontant à l'époque romaine et reliant l'extrémité sud-est de l'île (localité d'El Kantara) à la péninsule de Zarzis.

Djerba : Histoire

Antiquité

Reconstruction du monde de l'Odyssée

Djerba est connue depuis l'Antiquité, notamment par la description qui en serait faite dans l'Odyssée d'Homère où celui-ci « faisait débarquer Ulysse et ses compagnons il y a plus de trente siècles ». Homère parlait du lotos, « fruit doux comme le miel qui plonge tous ceux qui en dégustent dans les délices d'un bienheureux oubli qui efface tous les soucis de l'existence ». Tel aurait été le sort des compagnons d'Ulysse « que ce fruit miraculeux aurait plongé dans une heureuse amnésie ». Ainsi, les habitants de l'île de l'époque furent-ils appelés les Lotophages et Djerba, l'île des Lotophages (mangeurs de lotos).

Plusieurs spécialistes, dont Lucien Bertholon et Stéphane Gsell, admettent l'existence de plusieurs migrations entre la mer Égée et le golfe des Syrtes, où se trouve Djerba, au cours du IIe millénaire av. J.-C.. Une autre migration, venant surtout du monde hellénique et introduisant la culture de l'olivier et le tour de potier à Djerba se serait produite vers 1500 av. J.-C.. Avant même la fondation de Carthage, au IXe siècle av. J.-C., des Phéniciens de Tyr implantent plusieurs comptoirs le long de la côte de la Libye et de la Tunisie actuelles jusqu'à Utique. Djerba en fait sans doute partie. Le Périple de Pseudo-Scylax, qui remonte approximativement au milieu du IVe siècle av. J.-C., donne sur Djerba les indications les plus anciennes, exception faite de celles d'Homère :

« On y fait beaucoup d'huile, qu'on tire de l'olivier sauvage ; l'île produit d'ailleurs beaucoup de fruits, de blé, d'orge, la terre est fertile. »

D'après Gsell, à l'époque, « Djerba dépendait certainement de Carthage ». Les Carthaginois fondent plusieurs comptoirs, le plus connu étant Meninx, et la transforment en haut lieu d'échanges du bassin méditerranéen en y aménageant des ports pour leurs embarcations et en l'utilisant comme escale dans leurs parcours de la Méditerranée. Outre la culture de l'olivier, l'île carthaginoise abrite plusieurs ateliers de poterie et de teinture de pourpre à base de murex, plusieurs pêcheries et constitue un important relais vers le continent africain. Djerba connaît ainsi plus d'un demi millénaire de prospérité avec les Phéniciens.

Les premiers contacts de l'île avec les Romains ont lieu lors de la Première Guerre punique ; une première expédition contre Carthage y est envoyée en 253 av. J.-C., une véritable expédition navale commandée par Cnaeus Servilius Caepio et Caius Sempronius Blaesus. Une deuxième expédition romaine commandée par le consul Caius Servilius Geminus est envoyée à Djerba en 217 av. J.-C., durant la Deuxième Guerre punique, l'année même de la bataille du lac Trasimène disputée entre Carthaginois et Romains en Italie. Cependant, « ce n'est qu'en l'an 6 ap. J.?C., après la phase des protectorats sur les princes berbères, les reges inservientes, que débute la colonisation directe dans la zone syrtique ». On sait que l'île compte alors deux villes : Meninx et Thoar. Elle abrite par la suite trois centres urbains principaux. L'un d'entre eux, dont le nom moderne est Henchir Bourgou, a été découvert à proximité de Midoun (centre de l'île). On y trouve les vestiges d'une grande ville datant du IVe siècle av. J.-C. signalés par un mausolée numide qui caractérise cet âge ? appelés « Roches de Bourgou » ? et la présence importante de poteries ainsi que par une imposante tombe appartenant probablement à un membre d'une famille royale numide. Un deuxième centre, sur la côte sud-est, est un important site de production de colorants à base de murex. Il est cité par Pline l'Ancien comme occupant le second rang dans ce domaine derrière la cité de Tyr. De substantielles quantités de marbre coloré découvertes sur place témoignent de la richesse de ce centre. Un troisième centre important, probablement l'ancienne Haribus, se trouve sur la côte méridionale à proximité du village de Guellala.

Les empereurs romains Trébonien Galle et son fils Volusien sont natifs de l'île ; après leur mort, ils sont élevés au rang d'Auguste. Un décret romain de l'an 254 désigne officiellement l'île par l'expression Creati in insula Meninge quae nunc Girba dicitur ; ainsi l'île est-elle appelée pour la première par le nom Girba. Au milieu du IIIe siècle, une basilique est construite dans ce qui est alors l'évêché de Girba. Deux des évêques de l'île ont laissés leurs noms dans l'histoire : Monnulus et Vincent qui assistent aux conciles de Carthage en 255 et 525. Les ruines de leur cathédrale peuvent être identifiées dans le sud-ouest de l'île, près d'El Kantara, d'où provient un beau baptistère cruciforme conservé au Musée national du Bardo à Tunis. Après les Romains, l'île fut envahie par les Vandales puis par les Byzantins. C'est en 665 que Djerba tombe aux mains des Arabes dirigés par Ruwayfa ibn Thâbit Al Ansari (un compagnon du prophète Mahomet) pendant la campagne de Byzacène commandée par Muawiya Ben Hudaydj. L'île est alors le témoin de luttes sanglantes entre factions de l'islam et adopte finalement les croyances kharidjites.

Des fouilles archéologiques menées sous les auspices de l'Université de Pennsylvanie, l'Académie américaine à Rome et l'Institut national du patrimoine entre 1995 et 2000 ont révélé plus de 400 sites archéologiques incluant de nombreuses villas puniques et romaines.

Moyen Âge

Au XIe siècle, l'île devient indépendante ? elle l'a d'ailleurs été à plusieurs reprises au cours de l'histoire ? suite à l'invasion de l'Ifriqiya par les Hilaliens venus d'Égypte et se convertit à la piraterie. Elle est reprise par Ali Ben Yahya en 1115-1116 (année 509 de l'hégire). Normands de Sicile, Aragonais, Espagnols et Ottomans s'y succédèrent durant « quatre siècles de lutte (1135-1560) au cours desquels chrétiens et musulmans s'y étaient laborieusement massacrés ».

À plusieurs reprises durant le Moyen Âge, les chrétiens de Sicile et d'Aragon disputent leur possession aux kharidjites ibadites locaux. De cette période subsistent de nombreuses petites mosquées (dont des mosquées souterraines), dont les premières datent du XIIe siècle, ainsi que deux forts imposants. En 1135, les troupes normandes du royaume de Sicile s'emparent de l'île qui tombe sous la domination des rois normands Roger II de Sicile et de son fils et successeur Guillaume le Mauvais. En 1154, les habitants de l'île se rebellent mais les Normands écrasent la révolte dans le sang ; seule une invasion almohade en 1160 parvient à chasser les Normands de Djerba et du littoral tunisien. Durant la seconde période, l'île devient un domaine féodal dirigé par une succession de seigneurs: Roger Ier (1284-1305), Roger II (1305-1310), Charles (1310) et Francis-Roger III (1310). Des gouverneurs royaux sont également nommés tels que Simon de Montolieu (vers 1305-1308) et Ramon Muntaner (1308-1315). En 1286, les Aragonais prennent les Kerkennah qui deviennent une seigneurie pour la famille de Roger de Lauria. Ce dernier fait construire à Djerba une forteresse en 1289, près de l'antique Meninx, qui est appelée Castelló et plus tard Borj El Kastil.

Les tentatives de révolte de la part des habitants de l'île et des Tunisiens forcent le roi Frédéric II de Sicile à incorporer Djerba à la Sicile en 1309 et à nommer Muntaner comme dirigeant de l'île. En 1311, une famine sévit dans l'île des mois durant et les habitants se révoltent avec l'aide des Tunisiens du continent dont les Hafsides menés par Abû Yahyâ Abû Bakr al-Mutawakkil.

Les Aragons abandonnent l'île pendant leur guerre contre les Castillans (1334-1335). Ils la reprennent en 1383 avec l'aide d'une flotte gênoise mais ne la conservent que jusqu'à la fin de l'année 1392. De nouvelles attaques des Siciliens en 1424 et 1432 sont repoussées avec l'aide du souverain hafside Abû Fâris `Abd al-`Azîz al-Mutawakkil. Les musulmans construisent une forteresse dans le nord de l'île, à côté des ruines de l'antique Girba, qu'ils appellent Borj El K'bir. La ville de Houmt Souk se développera aux alentours.

En 1480, les habitants de l'île se révoltent contre le souverain hafside Abû `Umar `Uthmân et prennent le contrôle de la chaussée romaine qui relie l'île au continent. Les luttes internes entre Wahbiya et Nakkara, deux factions des ibadites, qui dominent dans le nord-ouest et le sud-est de Djerba, n'arrêtent cependant pas le progrès économique de l'île. Les habitants paient alors un tribut au souverain mais restent indépendants.

Du XVIe au XIXe siècle

Article détaillé : Bataille de Djerba.

Vers 1500, l'île passe sous occupation ottomane. En 1511, elle est attaquée par les troupes du royaume d'Espagne, placées sous le commandement de Pedro Navarro, pour y établir une forteresse qui assurera les conquêtes d'Oran, Bougie, Alger et Tripoli. En 1513, elle est pillée par les Gênois.

Borj El Ghazi Mustapha de Houmt Souk

Djerba est occupée par l'Espagne de 1521 à 1524 et de 1551 à 1560. Elle devient ensuite la base temporaire du corsaire et amiral ottoman Khayr ad-Din Barberousse. De 1524 à 1551, l'île est l'une des principales bases des corsaires ottomans et nord-africains conduits par Dragut. C'est dans ce contexte de rivalité entre Ottomans et Européens pour le contrôle de la Méditerranée qu'une bataille navale oppose au large de l'île, du 9 au 14 mai 1560, la flotte ottomane menée par Piyale Pacha et Dragut à une flotte européenne principalement composée de navires espagnols, napolitains, siciliens et maltais. Cette expédition fut l'un des évènements militaires et politiques des plus marquants du XVIe siècle.

En 1568, le pacha de Tripoli s'y présente pour demander un grand tribut ; l'île est prise par Ibrahim en 1598. Pendant le XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, l'île dépend alternativement des gouverneurs d'Alger, de Tripoli ou de Tunis jusqu'à ce que Hammouda Pacha (gouverneur de 1631 à 1659) l'incorpore définitivement au royaume de Tunis. En 1705, avec l'établissement de la dynastie des Husseinites, le bey de Tunis est dorénavant représenté sur l'île par un cheïkh et des caïds recrutés au sein des familles locales les plus influentes. La plus importante d'entre elles est la famille Senumeni, au XVIe siècle, puis celle des Bel Djelloud. L'un des membres de cette famille, Saïd, fera utiliser tous les navires de l'île pour empêcher que Younès, fils d'Ali I Bey, puisse se rendre sur l'île, ce qui lui coûtera la vie. De la seconde moitié du XVIIe siècle aux XVIIIe et XIXe siècles, la famille dominante est celle des Ben Ayed.

À partir du XVIIIe siècle, le malékisme se répand sur l'île aux côtés de l'ibadisme et la langue berbère perd peu à peu de son importance face à l'arabe. Au XVIIIe siècle, on assiste à des incursions de la part des nomades Ouerghemma et Accaras provenant de la région de la Djeffara. En 1705 et 1706, la peste fait ravage sur l'île et revient en 1809. En 1794, l'île est pillée par un aventurier nommé Ali Burghul durant 58 jours et, en 1864, elle est à nouveau attaquée par des nomades de la région de Zarzis. Cette même année, une nouvelle épidémie de peste et une révolte sont relevées. En 1846, Ahmed I Bey interdit l'esclavage, acte qui affecte l'économie de l'île qui est alors l'un des plus importants centres du commerce des esclaves en Tunisie, avec Gabès, où parviennent les caravanes d'esclaves venant des oasis de Ghadamès et Ghat. Le commerce se déplacera par la suite vers Tripoli.

Période moderne

Article détaillé : Attentat de la Ghriba.

L'île reste sous la domination ottomane jusqu'en 1881, date à laquelle la Tunisie passe sous protectorat français :

« Le 28 juillet 1881, les troupes françaises occupent Borj El Kebir (à Houmt Souk) et y restent jusqu'en 1890, date à laquelle l'administration de l'île passe à l'autorité civile. »

En 1956, la Tunisie accède à l'indépendance et Djerba devient une délégation dépendant du gouvernorat de Médenine. Dès lors, comme le principal adversaire politique du président Habib Bourguiba pendant la lutte pour l'indépendance de la Tunisie, à savoir Salah Ben Youssef ? les deux hommes politiques ayant une approche politique différente ? était originaire de Djerba, l'île est négligée pendant plusieurs années sur le plan des infrastructures. Pendant que des hôpitaux, lycées et routes sont construits, même dans de petites localités dans le reste du pays, Djerba n'en est dotée que durant les années 1970 et 1980. Djerba n'est pas encore un gouvernorat, même si un projet serait en cours, alors que des régions beaucoup moins peuplées le sont devenues. Entre 1962 et 1969, les Djerbiens s'expatrient par millers (entre 5 000 et 6 000) en raison de la mauvaise conjoncture économique et rejoignent l'Europe (pour 80 % d'entre eux vers la France). Plus de la moitié de ces derniers s'installent dans la région parisienne.

En mars 1976, certaines rues d'Ajim sont transformées afin de servir de décor, les 2 et 3 avril, au tournage de La Guerre des étoiles. Des rues de Mos Eisley sont ainsi représentées. À 14 kilomètres au nord, le marabout de Sidi Jemour sert également de décor à Mos Eisley et Anchorhead.

Le visage de l'île a beaucoup changé depuis les années 1960 : zone hôtelière, extension de l'aéroport et des localités et ? de simples hameaux devenant de véritables localités ?, élargissement des routes ou encore installation de pylônes électriques. Seules certaines parties de l'intérieur de l'île sont restées presque intactes tout comme une partie de la côte méridionale.

Le 11 avril 2002, un attentat est commis contre la synagogue de la Ghriba. Un camion bourré d'explosifs saute à proximité de cette dernière: 21 personnes sont tuées, dont 14 Allemands, 5 Tunisiens et 2 Français, et d'autres blessées. Le gouvernement tunisien parle alors d'un accident mais les experts suggérèrent rapidement un attentat qui est revendiqué par la suite par Al-Qaida.

Djerba : Géographie

Site

L'île, qui dépend administrativement du gouvernorat de Médenine, est située entre 480 et 530 kilomètres de Tunis par la route et à plus de 100 kilomètres de Gabès. Elle très proche du continent par deux avancées de part et d'autre de Jorf et Ajim à l'ouest et de Zarzis et El Kantara à l'est. Par ailleurs, l'extension de la plage de Mezraya (Sidi Mahrez) forme une presqu'île, Ras R'mal, qui est l'un des importants sites touristiques de l'île.

Côte méridionale de l'île

La superficie de l'île est voisine de 514 km². Vue par image satellite, elle présente la forme d'une molaire géante avec ses trois racines : la péninsule d'Ajim, celle de Ras Terbella et celle de Bine El Oudiane ; sa plus grande longueur est de 29,5 kilomètres et sa plus grande largeur de 29 kilomètres. Ses côtes, qui s'étendent sur 125 kilomètres, présentent un tracé très irrégulier avec les trois péninsules qui marquent les points les plus rapprochés du continent dont l'île est séparée par le canal d'Ajim, large de deux kilomètres, et celui d'El Kantara large de six kilomètres. Le canal d'Ajim accueille deux îlots qu'on appelle Elgataia Kebira et Elgataia Sghira.

Jadis rattachée au continent, Djerba s'apparente beaucoup par la régularité de sa topographie et de sa structure géologique au relief tabulaire qui marque le littoral méridional de la Tunisie. La topographie en escalier alterne des secteurs élevés et d'autres en dépression dont la surface est modelée par une morphologie dunaire. Le littoral est caractérisé pour sa part par des côtes basses, les plages, en grande majorité sablonneuses, s'étendant principalement entre Ras R'mal et Borj El Kastil. Gustave Flaubert nomme Djerba « Île aux Sables d'Or » à cause de ses plages au sable fin et doré. L'île est plate, l'altitude moyenne y est de 20 mètres et c'est dans la partie méridionale que se trouve le point culminant situé à Dhahret Guellala (53 mètres). À ce niveau, l'île est traversée par un accident topographique majeur (15 mètres de dénivellation sur 15 kilomètres de long). Enfin, l'eau douce y est rare et il n'y existe aucun cours d'eau.

Djerba est entourée de hauts fonds ? la bathymétrie à proximité de l'île est presque toujours inférieure à -10 m et l'isobathe de -5 m n'apparaît au large de la côte méridionale et septentrionale qu'au-delà d'une dizaine de kilomètres de la côte ? toutefois perturbés au large de la côte méridionale par l'existence d'un certain nombre d'oueds (courants marins) qui sillonnent les canaux d'Ajim et d'El Kantara, les profondeurs dépassant à certains endroits les 20 mètres.

Climat

Haie (tabia) de figuiers de Barbarie

Le climat de Djerba est de type méditerranéen mais à tendance semi-aride car il se trouve au carrefour des masses d'air méditerranéennes et sahariennes. Ainsi, la température annuelle moyenne y est-elle de 19,8 °C, les moyennes mensuelles ne dépassant guère 30 °C ni ne descendant au-dessous de 8 °C. En été, la moyenne maximale atteint 32,7 °C mais se trouve atténuée par la brise marine, alors qu'en hiver, les moyennes mensuelles sont supérieures à 12 °C. Emmanuel Grevin parle ainsi de « cinquième saison » à Djerba :

« À Sfax, l'hiver vous aura quittés ; à Gabès vous trouverez le printemps ; à Tozeur l'été ; et à Djerba vous découvrirez la cinquième saison. Mais oui Monsieur, la cinquième saison, ce climat spécial à l'île de Djerba, si étrange, fait de sécheresse extrême, de brise marine, de fraîcheur et de rosées nocturnes, de quelque chose de rationnel, de tempéré en tout. »

Gustave Flaubert fait décrire à Mathó, dans le chapitre IX de son roman Salammbô, cette « île couverte de poudre d'or, de verdure et d'oiseaux, où les citronniers sont hauts comme des cèdres où l'air est si doux qu'il empêche de mourir ».

Au niveau des précipitations, Djerba est la région la plus arrosée (248,8 millimètres) de toutes les régions au sud de Sfax, la moyenne des jours pluvieux se montant à 40 par an. Plus de 60 % des précipitations se concentrent entre les mois de septembre et décembre avec un maximum en octobre (28% du total annuel). Néanmoins, l'essentiel de la moyenne annuelle peut se répartir sur trois à quatre averses seulement. La saison sèche débute en avril et l'été voit rarement la pluie tomber. L'humidité et la rosée nocturne sont deux facteurs vitaux pour la flore de l'île.

Suivant les saisons, Djerba connaît des vents dominants de directions différentes. De novembre à mars, ce sont les vents d'ouest qui dominent avant d'être remplacés de mars à la mi-juin par le sirocco, vent chaud s'accompagnant souvent de tourbillons de poussière. Avec l'arrivée de l'été dominent les vents d'est porteurs de fraîcheur.

Djerba : Culture

Musées

Le Musée des arts et traditions populaires de Houmt Souk permet de découvrir les richesses folkloriques de l'île : costumes de divers groupes sociaux, bijoux fabriqués par les artisans juifs, exemplaires du Coran, ustensiles de cuisine, etc. Le musée de Guellala, ouvert en 2001, expose essentiellement le patrimoine djerbien. Avec plus de 4 000 m² d'exposition, il offre une série de pavillons indépendants développant chacun un thème (fêtes, traditions et coutumes, artisanat, mythes et légendes, musique traditionnelle, mosaïques ou encore calligraphie arabe). Il reçoit environ 100 000 visiteurs par an dont 30 % de Tunisiens.

À proximité du phare de Taguermess, se trouve un parc à thèmes s'étendant sur 12 hectares : Djerba Explore. Il abrite un village traditionnel djerbien reconstitué, le Lella Hadhria Museum présentant quant à lui un panorama de l'art tunisien et du monde arabo-islamique, un circuit du patrimoine djerbien et la plus grande ferme aux crocodiles du bassin méditerranéen.

Jamâa Fadhloun, une mosquée située à proximité de la route reliant Houmt Souk à Midoun, a été transformée en musée et permet au visiteur de découvrir comment les mosquées ont servi de refuge aux habitants lors d'attaques et de sièges et leur permettaient de se défendre et d'assurer leur survie. En effet, cette mosquée possède son propre four pour la fabrication du pain, sa propre citerne à eau, etc.

Musique et danse

Cette section est vide, pas assez détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue !Groupe de musiciens djerbiens

La musique djerbienne traditionnelle se base sur les percussions avec la darbouka (petit instrument utilisé par les hommes et les femmes) et le tabl (grand tambour cylindrique lourd à porter et utilisé exclusivement par les hommes) ainsi qu'un instrument à vent autrefois appelé ghita et de plus en plus appelé zoukra ou zurna, utilisé uniquement par les hommes. Les rythmes sont lents et mélodieux et la chala est un rythme spécifique à l'île. Le mezoued a été introduit sur l'île plus récemment.

Le chant à thème occupe en fait une place prépondérante et les chansons racontent le plus souvent une histoire romantique et triste même si les paroles sont parfois osées, surtout lorsqu'elles racontent des histoires d'amour. Beaucoup de paroliers sont des femmes.

Le rythme de la danse folklorique djerbienne est différent de celui de la plupart des autres danses folkloriques tunisiennes ; c'est un rythme lent et l'on danse généralement les pieds à plat sur le sol alors qu'ailleurs en Tunisie le rythme est généralement rapide et l'on danse en demi-pointe.

Festivals et événements

Djerba célèbre au moins trois festivals par an : le festival international du film mythologique, le festival national d'Ulysse, qui a lieu au mois de juillet avec plusieurs manifestations culturelles et folkloriques, ainsi que le festival de la poterie de Guellala.

Religion

Article détaillé : Synagogue de la Ghriba.

C'est l'islam sunnite de rite malékite qui prédomine en Tunisie, bien qu'il existe une petite communauté pratiquant le rite sunnite hanéfite qui était suivi par la cour beylicale et certaines familles d'ascendance ottomane. Tel n'est guère le cas à Djerba où une grande partie de la population pratique un rite kharijite non sunnite, schisme qu'on pourrait comparer au jansénisme. Les kharijites refusent aux hommes, même au calife, le droit d'interpréter les textes sacrés et préconisent un strict respect des textes, une vie sobre et une égalité parfaite entre tous les musulmans. En fait, il existait à Djerba deux rites de ce type : le rite ibadite, apparu en 654 et prêché par Abdullah ibn-Ibad at-Tamimi, présentant des analogies avec le rite hanéfite, et un rite attribué à un musulman d'origine persane de la tribu des Beni Rostom, Ibn Rustom, et fondé vers 782. Cependant, ceux-ci sont aujourd'hui confondus, surtout que la plus grande partie des ibadites s'est convertie au malékisme. Il existe quelques différences dans le rituel de la prière entre ibadites et malékites, ces derniers appelant les premiers ouheb ou kwames en référence aux quatre rites musulmans orthodoxes.

Mosquée de Medrajen à Mezraya : un exemple d'architecture ibaditeMosquée souterraine de Sedouikech

Les ibadites ayant résisté au pouvoir central du bey tenaient à affirmer leur autonomie en formant des alliances avec les ibadites de Tripolitaine et du sud de l'Algérie (Ghardaïa). Fréquemment, ils résistaient au paiement des impôts et se soulevaient, raison pour laquelle le rite sunnite a été introduit sur l'île, d'abord dans la localité de Houmt Souk, au travers de familles venant de l'extérieur de l'île. Ceci pourrait expliquer l'existence d'un certain antagonisme entre habitants ibadites d'origine berbère et habitants de rite malékite. À trois kilomètres de Sedouikech, en direction d'El Kantara, se trouve l'une des mosquées souterraines de l'île où les ibadites, un temps persécutés, se réfugiaient pour pratiquer leur culte. Entourée d'une oliveraie, on y accède par un escalier très raide et étroit qui conduit dans la chambre principale. À côté de cette mosquée se trouve un grand réservoir qui alimente un puits également souterrain. Une autre de ces mosquées souterraines se trouve sur la route d'Ajim. Comme elles ne sont plus utilisées pour le culte, ces mosquées souterraines peuvent être visitées librement.

Intérieur de la synagogue de la Ghriba

Les mosquées ibadites ont une architecture particulière et il n'est possible d'accéder au minaret qu'en passant par la salle de prière. Par ailleurs, plusieurs mosquées et zaouïas (Djerba en compte près de 400) ont été construites le long des côtes de l'île. Elles servaient de garde-côtes et permettaient de signaler l'arrivée d'ennemis, dont des pirates et corsaires, par un système de fumées destiné aux habitants de l'île qui allaient s'abriter du danger éventuel. Certaines mosquées étaient construites comme des petites forteresses (comme Jamaâ Fadhloun) et disposaient d'un four et de citernes d'eau, ce qui permettaient de résister quelque temps aux attaquants. Jemaâ El May, classée comme monument historique, est l'une des mosquées les mieux fortifiées de l'île. En évoquant les mosquées de Djerba, Salah-Eddine Tlatli a dit que « les mosquées les plus modestes ont la candeur naïve et le charme d'un château de sable sorti d'un rêve d'enfant ».

L'île abrite également une petite communauté juive qui comptait autrefois plusieurs dizaines de milliers d'individus spécialisés en majorité dans des métiers artisanaux (bijouterie, cordonnerie, couture, etc.) mais pratiquant également le commerce. Elle y vit depuis des siècles en bonne entente avec la majorité musulmane malgré le déclin démographique engendré par l'émigration vers Israël dès 1948 et vers la France après 1956 (date de l'indépendance de la Tunisie), 1961 (crise de Bizerte) et 1967. La synagogue de la Ghriba, située dans le village d'Er-Riadh (ex-Hara Sghira situé à neuf kilomètres au sud de Houmt Souk), est très ancienne et très célèbre. D'après les rabbins locaux, même s'il existe d'autres versions, « les Juifs arrivés sur l'île auraient apporté avec eux certains manuscrits des Tables de la Loi qu'ils auraient sauvé des ruines du Temple de Jérusalem détruit par Nabuchodonosor et même certaines pierres du Temple sur lesquelles ils auraient bâti le sanctuaire ». Cette synagogue attire tous les ans, trois semaines après la Pâque juive, des pèlerins d'Europe et d'Afrique du Nord qui « transportent en procession sur leurs épaules, hors de la synagogue, les Tables de la Loi, sous un lourd baldaquin multicolore qu'ils promènent » aux alentours. Plusieurs autres petites synagogues se trouvent à la Hara El K'bira, principal quartier juif de l'île situé à Houmt Souk.

Au début du XXe siècle, Djerba comptait, parmi une population d'environ 40 000 personnes, plusieurs centaines de catholiques français, italiens, grecs et maltais. Ces derniers gagnaient leur vie, entre autres, comme artisans et pêcheurs de poisson et d'éponges. L'église catholique Saint-Joseph de Djerba, située en plein centre de Houmt Souk, a été réouverte officiellement au culte et consacrée le 19 mars 2006. Il existe également une église grecque orthodoxe à proximité du port de Houmt Souk.

Gastronomie

Il est intéressant de se pencher sur le rapport qu'avaient les Djerbiens avec leur environnement avant l'essor touristique et le revirement que vit l'île de nos jours.

Palmier-dattier avant la récolteVieil olivier isolé

Les centaines de milliers de palmiers de l'île représentent un élément très important pour les Djerbiens qui en utilisent toutes les parties : les palmes sont utilisées pour la vannerie et les barrières des pêcheries fixes. La partie supérieure de celles-ci est aussi utilisée comme balai. La partie dure des palmes vertes est utilisée pour fabriquer un jeu de société appelé sigue. On utilise cette partie également pour la confection de brochettes pour les barbecues. Elle est également utilisée par les pêcheurs pour la confection des nasses. Lorsqu'elles sont sèches, les palmes sont utilisées comme combustible, la partie supérieure, qui brûle rapidement, est utilisée pour faire partir le feu et la partie proche du tronc comme bois de combustion. Les palmes entières servent également à construire des enclos pour les animaux (z'riba) et des huttes qui servaient autrefois d'habitation pour les plus pauvres ou comme abris pour les cuisines externes, les toilettes voir des khoss où les habitants se réunissaient. Elles servent à présent pour construire des parasols sur les plages. Le tronc du palmier coupé en deux dans le sens de la longueur (sannour) sert pour la charpente du menzel et constituent la plupart des poutres des anciennes habitations ou ateliers de tissage. Le tronc sert aussi pour certains instruments des vieux pressoirs à huile. Les régimes (qui portent les dattes), une fois débarrassées des fruits, sont utilisées comme balais pour les cours sablonneuses et les alentours du menzel. Ils sont également utilisés par les pêcheurs pour confectionner des cordages et enfiler le poisson vendu à la criée. Le coeur de palmier, appelé jammar, constitue un entremet et la sève (legmi) est bue fraîche le matin ou fermentée, comme vin de palme. Les dattes, dont l'île produit plusieurs variétés, sont consommées aussi bien fraîches que séchées. On en fait également des confitures, on les farcit de pâte d'amande et on les utilise pour farcir des gâteaux comme le makroud. Elles constituaient un élément fondamental dans le régime alimentaire des Djerbiens. Les habitants de confession juive les utilisent également pour la fabrication d'un alcool appelé boukha (qui se fait aussi à partir de figues). Les noyaux des dattes étaient concassés et utilisés dans l'alimentation des chameaux.

La place qu'occupe l'olivier n'est pas moindre et des rites sont encore célébrés autour de l'olivier aussi bien pendant les cérémonies de mariage que de circoncision. Par ailleurs, lorsque les Djerbiens visitent les zaouïas, ils faisaient souvent des offrandes d'huile d'olive. Tout comme pour le palmier, les Djerbiens font un usage multiple de toutes les parties de l'olivier : les fruits sont utilisés pour l'extraction de l'huile utilisée dans l'alimentation, la cosmétique (en particulier pour le soin des cheveux) ainsi que dans la pharmacologie traditionnelle. L'huile était aussi utilisée pour l'illumination (mosbah ou lampes à huile), pour allumer le feu (f'tilat zit ou mèche) et les huiles usagées ainsi que les déchets d'huile servaient pour la confection de savon artisanal.

Les olives sont aussi conservées ? plusieurs procédés sont utilisés dont le séchage, la salaison et la saumure ? pour usage alimentaire et les noyaux broyés et utilisés dans l'alimentation du bétail ainsi d'ailleurs que les restes des olives pressées. Les feuilles de l'olivier (ainsi que celles des autres arbres fruitiers) sont séchées et servent pour l'alimentation du bétail, en particulier les chèvres et les moutons. Les humains en font un usage médicinal (notamment des tisanes contre le diabète). Les branchages secs sont utilisés comme combustible et les troncs pour la confection d'objets en bois d'olivier.

L'orge constituait l'aliment de base des Djerbiens sous diverses formes : zammita (poudre d'orge aromatisée), malthoutha (couscous d'orge), kesra (galettes d'orge), bazine (pouding d'orge), h'sou (soupe de farine d'orge), d'chicha, pain, crêpes et gâteaux d'orge sont consommés sur l'île depuis des millénaires. La paille est utilisée pour l'alimentation du bétail qui peut avoir exceptionellement droit à de l'orge (exemple pour engraisser le mouton de l'Aïd el-Kebir). Le grenadier est un autre arbre familier aux Djerbiens qui utilisent son fruit en totalité, écorce comprise, celle-ci servant au tannage des peaux. Les feuilles servaient pour l'alimentation du bétail et les branchages secs comme combustible.

Les Djerbiens ne jetaient presque rien : les épluchures de figues de Barbarie, de melons, de pastèques, de courges ainsi que les épluchures des légumes et leurs feuilles (carottes ou radis) étaient coupés en petits morceaux et utilisés pour l'alimentation du bétail. Les pépins non consommés par les humains ? les Djerbiens sont friands de pépins de courge et de tournesol ? sont donnés au animaux. Les roses, certains géraniums (atr'cha) et les fleurs d'oranger sont distillés et utilisés dans la cuisine, surtout dans les desserts, la cosmétique ou la pharmacologie traditionnelle. Les écorces d'oranges sont quant à elles séchées, pilées et utilisées pour aromatiser café et gâteaux. Ainsi, les Djerbiens opéraient-ils un recyclage systématique des restes ménagers, les quelques déchets non utilisables étant déposés dans une grosse fosse creusée à l'extrémité du champ ou verger et couverte de sable une fois remplie. Pour l'alimentation de leurs animaux, les Djerbiens ramassaient l'herbe du printemps, la conservaient pour la saison sèche et broyaient et traitaient tous les restes alimentaires difficiles à consommer tels quels. Tous les branchages secs, voire les crottes de chameaux, étaient ramassés systématiquement, conservés et utilisés comme combustible. Les restes de linge et habits usés étaient coupés dans le sens de la longueur et utilisés pour la fabrication de nattes (klim ch'laleg). Les écorces d'amandes servaient pour la fabrication d'une teinture traditionnelle pour cheveux (mardouma). Les restes de papiers (journaux, vieux cahiers, etc.) étaient vendus au poids. La vaisselle se faisait avec l'eau du puits (en général saumâtre) et du sable, de l'argile ou une herbe grasse qui pousse spontanément, appelée gassoul. Le cuivre était nettoyé avec de la cendre et la peau de citrons pressés. L'eau de vaisselle servait pour arroser le grenadier ou autres plantes supportant l'eau saumâtre. Le kaolin et l'argile verte (disponibles à Guellala) étaient utilisés en cosmétique (bain de cheveux et masques pour visage et corps). D'autres produits naturels étaient utilisés en cosmétique comme le fenugrec, le miel, la farine de pois chiche, le blanc et le jaune d'?uf, l'huile d'amande, etc.

Jusqu'aux années 1970, il est interdit d'introduire des bouteilles en plastique sur l'île et l'usage des sachets en plastique était rare, les Djerbiens allant au marché avec leurs couffins s'ils y allaient à pied et leur zembil s'ils y allaient à dos d'âne ou de mulet. Avec le tourisme, les bouteilles en plastique sont autorisées, l'usage des sachets et emballages en plastique est généralisé, sans parler des boîtes de conserve en métal ou en plastique ; il est devenu commun de voir les bords de route jonchés de ce genre de déchets et ce même en pleine campagne. La structure même de l'habitat est en train de changer : on assiste à la transformation de Midoun en vraie ville et la naissance d'autres agglomérations comme Ouled Amor qui comptait à peine quelques maisons jusqu'aux années 1980 et Sidi Zaid où il n'y avait pratiquement pas de constructions hormis la zaouïa. Des habitations et des locaux de commerce ont commencé à pousser comme des champignons le long des côtes qui n'étaient peuplées que de palmiers, cactus, agaves, aloès et figuiers de Barbarie. La population s'est beaucoup mélangée, l'habillement et le langage sont en train de changer, les vols sont devenus monnaie courante et on entend de plus en plus parler de crimes ; la prostitution dont on n'entendait guère parler a fait son apparition.

Djerba : Économie

L'économie de Djerba est traditionnellement « mixte, fondée sur la complémentarité des ressources du sol, de la mer et de l'artisanat l'agriculteur peut être pêcheur ou artisan une partie de l'année » voire de la journée tout en étant commerçant. Toutefois, le Djerbien est avant tout un commerçant prêt à quitter son île natale pour mener son activité commerciale. En effet, dès les années 1940, les commerçants djerbiens installés sur l'île ne représentent que 4 % de l'ensemble des négociants djerbiens. René Stablo indique que parmi les « 6444 musulmans se livrant au commerce, 6198, soit 96 % tiennent boutique dans le bassin méditerranéen depuis le litoral atlantique jusqu'aux rives du Bosphore Ils sont épiciers, merciers, marchands de tissus, de couvertures, de chéchias, de poteries, cafetiers, coiffeurs, etc. ». En 1961, on a estimé à 1 067 412 dinars tunisiens l'apport des Djerbiens vivant hors de l'île, soit 42 % de l'ensemble de la valeur des productions et services djerbiens, l'agriculture en représentant 17 %. En 1998, on estime l'apport des Djerbiens vivant à l'étranger à entre 20 et 25 millions de dinars par an alors que les ressources dérivées de l'agriculture ne représentent plus qu'entre 2 et 4 % des ressources globales de l'île comparées aux ressources des activités touristiques qui se montent à 20 fois plus.

Tourisme

Plage d'un hôtel djerbienHôtel djerbien

Djerba dispose d'une vingtaine de kilomètres de plages sablonneuses, situées surtout à l'extrémité orientale de l'île, qui ont poussé Gustave Flaubert à surnommer Djerba « l'île aux Sables d'Or ». Les plus belles plages se trouvent au nord-est (Sidi Hacchani, Sidi Mahrez et Sidi Bakkour), à l'est (entre Sidi Garrous et Aghir), au sud (près de Guellala) et à l'ouest (Sidi J'mour). Jusqu'au début des années 1950, celles-ci ne sont fréquentées que durant les visites que les habitants rendent aux marabouts. Toutefois, avec l'arrivée du Club Méditerranée en 1954 et le développement du tourisme dès les années 1960 (construction du premier hôtel important en 1961), ces plages sont de plus en plus fréquentées. L'État tunisien est alors l'acteur principal par ses investissements comme par les avantages fiscaux et financiers consentis aux établissements touristiques qui sont pour la plupart construits sur la côte orientale de l'île.

Vers 1975, l'activité touristique prend des proportions insoupçonnables à l'origine et, dans les années 1980, le tourisme prend véritablement son essor pour devenir la principale activité économique de l'île : le nombre d'emplois directs correspond à quelques 15 000 postes de travail souvent précaires car saisonniers alors que les emplois indirects sont évalués à environ 55 000. Les espaces permettent d'avoir de grandes unités hôtelières dont le taux d'occupation moyen est de 68 % en 1999, ce taux situant Djerba en seconde position parmi les sites touristiques tunisiens.

En 2005, la zone touristique s'étend sur plus de 20 kilomètres entre Aghir au sud et Houmt Souk au nord avec une capacité hôtelière passée de 8 300 lits en 1975 à 39 000 lits disponibles en 2002. Néanmoins, un grand nombre de lits n'est utilisé que durant l'été et le parc hôtelier vieillit, entraînant un tassement de la clientèle, notamment en raison des prix trop bas induits par la concurrence. Pour maintenir et développer l'activité, les acteurs locaux sont favorables à un enrichissement de l'offre par la création d'activités nouvelles (terrain de golf, casino, musée, thalassothérapie ou encore parc d'attractions). Plusieurs terrains destinés au tennis et à d'autres sports sont disponibles tout comme plusieurs stations nautiques qui offrent ski nautique, motomarine, parachute ou simple pédalo. Un bowling a ouvert ses portes non loin du terrain de golf. Par ailleurs, une marina est en cours de construction et permettra aux bateaux de plaisance d'y stationner sans difficulté.

La présence de l'aéroport international de Djerba-Zarzis et d'infrastructures routières, contribue à en faire un centre touristique important et un générateur de croissance économique pour la région.

Agriculture

L'économie de l'île repose également sur l'agriculture et son climat permet la culture de nombreux oliviers, dont les familles d'agriculteurs récoltent les fruits en automne, de grenadiers, de palmiers-dattiers, de figuiers, de pommiers, d'amandiers, de figuiers de Barbarie aux fruits épineux qui bordent les routes (souvent plantés sur les haies appelées tabias à titre de protection), de la vigne et de légumes et de certaines céréales. Les revenus des palmiers et oliviers représentant à eux seuls 64 % du total des productions agricoles. On recense en 1963, 497 000 oliviers, alors qu'il n'y en avait que 394 500 en 1929, mais aussi 52 000 oliviers sauvages ou zabbous qui, devenus à la mode, commencent à être arrachés pour être transplantés hors de l'île.

Au sein du menzel, la famille a en général un ou deux chiens de garde, un ou plusieurs chats qui se chargent de protéger le grenier contre les souris, quelques poules pour les ?ufs et la viande et quelques chèvres et moutons pour le lait, le petit-lait (l'ban), le lait caillé (raieb), le fromage (rigouta et jebna), la viande, la laine ou les peaux. Elle a aussi un âne ou un mulet et éventuellement une charrette ainsi qu'un chameau pour le travail de la terre (labour et irrigation) et le transport des biens et marchandises ainsi que celui des humains. S'il en a les moyens, le Djerbien possède une sénia, verger d'arbres fruitiers irrigué et clôturé mais ne comportant pas en général d'habitation. Mais le plus souvent, il possède un jnan, verger non irrigué, un potager et un champ pour produire ses propres céréales (blé dans les zones d'eau douce, orge, sorgho et lentilles sur le reste de l'île). La frawa est un autre type d'exploitation agricole plantée d'oliviers. Avant les années 1960, le Djerbien vivait souvent en autarcie presque totale et n'achetait au marché que le minimum nécessaire : sel, sucre, thé et café, certaines épices et quelques autres articles.

Puits actionné par un chameau

Pour l'irrigation traditionnelle, c'est la canalisation dite seguia qui est utilisée : l'eau est déversée dans un grand bassin par un delou (outre en cuir) qui plonge dans le puits au moyen d'une corde tirée le plus souvent par un chameau, la course en pente de l'animal correspondant à la profondeur du puits ; le champ est divisé en petits carrés (jadouel) délimités par des talus de sable ; de petites ouvertures y sont pratiquées pour laisser passer l'eau ruisselant de la seguia. Une fois le jadouel plein d'eau, l'ouverture est refermée et l'eau dirigée vers le jadouel suivant. L'eau souterraine est le plus souvent saumâtre et ne permet que certaines cultures (orge, sorgho et lentilles) et la fertilité des champs dépend aussi bien de l'ardeur au travail du propriétaire et de sa famille que de la qualité (niveau de salinité) des eaux d'irrigation. Les champs sont le plus souvent délimités à l'extérieur par de hautes levées de terre appelées (tabia) surmontées de cactus ou de figuier de Barbarie voire d'agave ou d'aloès. Ces tabias servent certes à abriter les menzels des regards mais surtout à protéger les enclos contre l'érosion éolienne.

Vers 1940, on comptait à Djerba 520 000 palmiers, 375 000 oliviers, 160 000 arbres fruitiers divers (pommiers, poiriers, figuiers, pêchers, orangers, citronniers, abricotiers, grenadiers, amandiers, etc.) et 650 000 pieds de vigne. Il n'existait pas de vrai pâturage et l'élevage était assez réduit. En 1938, 31 % de la population adulte vivait des activités agricoles, cette proportion tombant à 25 % en 1956 puis 17 % en 1962. Ce taux est encore plus bas de nos jours.

La culture sous serres en plastique et l'arrosage au goutte-à-goutte ont fait leur apparition de même que l'élevage de vaches laitières (près de 500 en 1998).

Pêche

Phare de Taguermess

Djerba compte plusieurs petits ports de pêche dont ceux de Houmt Souk, Ajim (autrefois célèbre pour sa pêche d'éponges), Aghir, Lella Hadhria et El Kantara. La pêche djerbienne ? sautades de mulets et pêche à la gargoulette (amphore) de poulpes ? profite d'eaux parmi les plus poissonneuses de la mer Méditerranée.

Contrairement à celles des îles Kerkennah, les femmes djerbiennes ne participent pas à l'activité de pêche et ce même en l'absence du mari, la pêche étant pratiquée en majorité par les habitants ibadites de l'île, d'Ajim à Sedouikech. Une méthode de pêche assez particulière, la zriba ou charfia (pêcherie fixe), est très pratiquée sur l'île et il est commun de voir dans la mer, au nord et à l'ouest de l'île, des haies ou des cloisons de palmes enfoncées dans la vase des hauts fonds servant à arrêter le poisson et à le diriger vers les nasses. En 1938, 1 300 hommes (environ 10 % de la population mâle adulte) vivaient de la pêche en utilisant près de 600 barques (des loudes pour la plupart) et 130 pêcheries fixes. En 1964, le nombre de barques était descendu à environ 507 unités et celui des pêcheries fixes à 85, le nombre de pêcheurs étant de 1 274 personnes alors qu'en 1998, le nombre de pêcheurs atteint près de 2 470 personnes alors qu'il ne reste plus qu'une quinzaine de pêcheries fixes d'où une baisse considérable si l'on considère l'accroissement démographique durant cette période. Si environ 4 378 tonnes de poisson ont été commercialisées en 1981, cette vente est tombée à environ 3 000 tonnes en 1993.

Les loudes à la blanche voilure grecque sont utilisées pour la pêche du poisson et les kamakis à voile latine de couleur rouge tirant sur l'orangé, la vergue fixée obliquement en son milieu à l'extrémité du mât unique et court, sont utilisées par les pêcheurs d'éponge. Toutefois, des chalutiers ont fait leur apparition dans les hauts-fonds.

En fait, compte tenu des ressources limitées de l'île, les hommes, et en particulier ceux de souche berbère, s'expatriaient pour faire du commerce en dehors de l'île, aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger (surtout en France et en Algérie) alors que les femmes restaient sur l'île avec les enfants et les hommes âgés. Elles pratiquaient l'agriculture et l'artisanat mais jamais la pêche, activité réservée aux hommes et limitée à certains villages.

Afin d'assurer la sécurité des navires, plusieurs phares existent le long des côtes de l'île dont le plus haut de l'île (mais aussi d'Afrique du Nord grâce à ses 64 mètres) se situe à Taguermess sur la côte nord-est de l'île. Il est construit sur une formation rocheuse côtière et surplombe une sebkha alimentée en eau de mer lors de la marée haute. Un deuxième phare se situe à Jilij sur la côte septentrionale, non loin de l'aéroport, alors qu'un troisième se trouve à Aghir sur la côte sud-est. Il en existe plusieurs autres.

Artisanat

L'artisanat, en particulier le travail de la laine, du lavage au cardage, en passant par le filage et le tissage, a depuis des générations joué un rôle primordial dans la vie économique et sociale de l'île et constitué une source de revenus importante pour les Djerbiens (hommes ou femmes). L'architecture des ateliers de tissage est typique sur l'île : ils sont semi-enterrés afin de préserver l'humidité ainsi qu'une certaine température et possèdent un fronton triangulaire. On comptait 428 ateliers et 2 524 tisserands en 1873, le nombre de tisserands tombant à environ 1 600 en 1955 et 1299 en 1963. À cela s'ajoute les laveuses, cardeuses et fileuses de laine (en principe toujours des femmes) ainsi que les teinturiers, l'activité de teinture remontant à l'époque punique.

Potier de Guellala au travail

La couverture djerbienne appelée farracha ou farrachia était célèbre et recherchée. L'activité de tissage des houli, fouta, h'rem et biskri (habits traditionnels féminins) en coton, laine ou soie naturelle ainsi que le tissage des kadrouns, k'baia, kachabia, wazra et burnous (habits en laine pour homme) joue également un rôle important. La poterie de Guellala remonte quant à elle au moins à l'époque romaine, ses produits étant principalement utilitaires mais pouvant aussi être décoratifs. Il est à noter que les potiers de Djerba n'ont plus le droit de vernir leur poterie à leur gré, une décision administrative centrale les obligeant à les garder brute. Parlant des potiers de Djerba, Georges Duhamel avait écrit dans les années 1920 :

« J'ai cherché des poètes. J'ai trouvé des potiers. Nul métier ne fait mieux penser à Dieu, à Dieu qui forma l'homme du limon de la terre Sur tous les chemins de Djerba, entre les remblais sablonneux, crêtés de petits agaves pourpres, circulent des chameaux, portant un faix énorme et vain : la grosse grappe de jarres sonores... »

La bijoutierie (or et argent) reste aussi une activité lucrative importante. Les bijoutiers de Houmt Souk excellent ainsi dans l'ornement des bijoux en argent émaillé et dans la fabrication de bijoux comportant de l'or en filigrane. La vannerie ? le produit de base étant les jeunes feuilles de palmiers ? était également une source de revenue importante, en particulier pour les personnes âgées. Aujourd'hui, les sacs, couffins (koffa) et chapeaux (appelés m'dhalla ou dhallala selon les villages) restent des articles vendus aussi bien aux habitants de l'île qu'aux touristes. Les artisans confectionnent également des cordages et des nasses de pêcheurs. La natterie (tissage du jonc) est également une activité pratiquée sur l'île, surtout dans la localité de Fatou, non loin de Houmt Souk. La broderie, pratiquée presque exclusivement par des femmes, et en particulier celle des habits traditionnels, fait vivre encore de nos jours un nombre important de familles.

Il est à noter que l'artisanat a pris des formes diverses et a connu un essor considérable avec le développement du tourisme et en particulier la fabrication de tapis.